Passages à l'acte

Alors même qu'un film documentaire fournit au moins trois sources d'informations - l'image, les interviews et le commentaire -, il ne permet d'aller qu'à l'essentiel d'un dossier judiciaire. Si elle est indéniablement un exercice passionnant par le rapport, tantôt proche, tantôt décalé, avec l'image, l'écriture télévisuelle, sous forme du commentaire, est une pratique éminemment réductrice, même en accompagnant un film de 52 mn.

Seule la pratique littéraire nous a semblé pouvoir permettre de présenter et de décortiquer plus en détails tous les éléments d'un dossier, de traduire plus fidèlement l'ambiance, toujours particulière, d'une audience et le caractère des protagonistes.

"Passage à l'acte" affiche deux ambitions : d'abord celle de raconter avec la plus grande rigueur des affaires pénales depuis la commission des faits criminels jusqu'au verdict, ensuite d'inscrire ces affaires et leurs auteurs non seulement dans leurs propres contextes socio-psychologiques, mais également dans le champ de la réflexion théorique, historique et clinique sur le passage à l'acte criminel.

Le livre recèle ainsi des récits et analyses d'affaires judiciaires anciennes mais emblématiques qui permettent d'affiner l'analyse de la trentaine de dossiers déjà approchés par "Verdict" à la télévision ainsi que quelques affaires inédites.

"Passages à l'acte" - Jean-Charles Marchand
Editions Anne Carrière - Janvier 2012 - ISBN : 978-2-8433-7625-2

Présentation de l'éditeur :

« Une mère tue son enfant pour punir son compagnon, un jeune homme devient assassin « par amitié », un autre tue son père avec la bague qu'il lui a volée, une épouse empoisonne un mari grabataire, une femme place son nourrisson étouffé au congélateur afin que le père le découvre, un marginal poignarde un prêtre pour « tuer le Père »… Voici, décrits dans ce livre, quelques-uns des portraits d'accusés dont les passages à l'acte interpellent non seulement la justice, mais aussi la psychiatrie et l'ensemble des sciences humaines.

Au fil des audiences de cours d'assises, qui constituent un champ d'observation privilégié, cet ouvrage restitue minutieusement les faits et les dires, et tente de comprendre le sens de tragédies humaines complexes dont la densité dépasse tout récit fictionnel.

La conclusion majeure est que tout crime en cache un autre ; chaque mobile allégué dissimule des mécanismes psychiques et socioculturels bien plus profonds et bien moins apparents ; chaque acte criminel, enraciné dans le passé, révèle l'imaginaire de l'accusé et son rapport symbolique au monde.

Passages à l'acte plonge le lecteur dans les problématiques les plus actuelles du champ pénal : approche psychanalytique du crime comme réponse à une angoisse d'anéantissement psychique, controverse psychiatrique autour de la "confrontation à la Loi" du criminel psychotique, effondrement symbolique de la Raison au profit d'une exigence individuelle de plaisir immédiat, revendications des victimes dorénavant sacralisées, refus de considérer tout aléa comme une fatalité sans responsabilité, et débat sociologique sur la fonction réelle du crime et du criminel dans la société.

Jean-Charles Marchand est journaliste et chroniqueur judiciaire depuis 1974. Après avoir travaillé à la radio et dans la presse écrite, il est depuis 2005 le rédacteur en chef des émissions Verdict diffusées sur France 5. »

Quelques commentaires de presse à propos du livre

Emission « le magazine de la santé » (diffusion sur France 5 le 14 février 2012)

« Un ouvrage magnifique […] Ce qui l'intéresse [l'auteur] en permanence, c'est toute la partie psychologique de l'histoire. Il va essayer de remonter dans le passé de l'auteur du crime pour, non pas lui chercher des circonstances atténuantes, mais pour essayer de retracer l'histoire […] On rentre psychologiquement dans le fait judiciaire. »

Marina Carrère d'Encausse

Emission « A livre ouvert », France-Info (diffusion le 18 février 2012)

« Un excellent livre de Jean-Charles Marchand […] Il s'est intéressé à ce moment où tout ce déclenche, pourquoi cette victime, pourquoi l'assassin passe à l'acte… »

Valérie Expert

« Ce n'est pas du tout voyeur […] C'est un peu les coulisses de notre société, c'est vraiment hyper bien foutu. Ça se dévore, c'est plus facile à lire que dix pages d'Amélie Nothomb. »

Gérard Collard, librairie de la Griffe noire

Le magazine « Causette » (n°22 de mars 2012)

« Passages à l'acte », intrusion dans l'intimité du crime

« Sans compiler les faits divers, l'auteur démonte les mécanismes criminels et décortique la psyché des assassins, "sans empathie, ni antipathie : c'est un regard clinique que nous portons sur ces affaires". Ici, ce n'est pas la nature des crimes qui guide le propos, mais ce qu'ils révèlent : la passion, le parricide, la marginalité, la femme criminelle, la folie et le mal […]

Le journaliste aborde aussi la fascination médiatique pour les faits divers sanglants, ce « marketing du morbide ». Il explique : « C'est à la fois un besoin social et un coup journalistique. La presse doit trouver un surnom : "le tueur de l'Est parisien", "la démoniaque"… On conjure le mal, on le met à l'écart. » Et, en effet, cette façon si particulière d'analyser le crime nous aide à comprendre le poids symbolique de ces meurtres. On voit alors dans ces mères infanticides, ces pères vengeurs, ces fils frustrés, des Caïn, des Médée et des Abraham. »

Alibi, n°42, printemps 2012

« Sans disculper, Jean-Charles Marchand cherche à comprendre ces comportements qui, au-delà de l'horreur, habillent les coulisses de notre société, l'envers du décor factice d'une soi-disant normalité. Méthodiquement, l'auteur décortique, dans les moindres détails, les psychologies des personnages qui peuplent ces sordides affaires. Et parvient à livrer une approche neuve et passionnante de ce continent tant exploré qu'est le crime. »

 

Le Point.fr (19 avril 2012)

Par amour du crime

« Que cachent ces tragédies humaines ? Et comment interpréter ces crimes ? Expliquer leur passage à l'acte c'est "restituer le sujet dans le pensable, là où ne le connaissait que le monstre. C'est retrouver le sujet derrière l'acte, note l'auteur. Le passage à l'acte est une réponse à une angoisse qui dure et qui devient intolérable. Le crime est l'ultime solution" […]

Ensuite le mécanisme structurel est immuable : "Les auteurs décrivent un énorme sentiment de soulagement d'être allés jusqu'au bout", indique Jean-Charles Marchand. Puis le conscient reprend ses droits, et là, "si l'agent ne doute pas que c'est bien lui qui a agi dans ce genre d'acte, il ne s'en reconnaît pas l'auteur ou le sujet". »