Saison 8

Note de présentation : Les victimes jouent-elles un rôle dans les passages à l’acte criminel ?

Poser la question du rôle éventuel de la victime dans un passage à l’acte criminel semble iconoclaste. C’est mettre en doute le dogme manichéen qui veut que la victime soit, par définition, toujours "innocente". L’analyse de la dynamique d’un acte criminel montre pourtant que les liens et les interactions entre auteur et victime sont parfois plus complexes. C’est ce champ de réflexion qu’interroge la 8ème saison de "Verdict" à travers six affaires criminelles que l’on peut classer en trois catégories, notamment à travers les liens de proximité existant entre accusés et victimes.

  • Le premier axe concerne les enfants tués par leurs parents ; l’innocence parfaite des victimes ne peut être mise en cause. Ce n’est que la représentation que les parents se font de leurs enfants qui, ici, pose problème : "l’enfant souffrant", polyhandicapé, que son père tue pour lui épargner un avenir très hypothéqué et/ou pour soulager sa propre angoisse (affaire Carneiro) ou les enfants comme représentations insoutenables des traumatismes du passé et comme impossibilité psychique de dépasser l’image de la "mauvaise mère" (affaire Calie) ;

  • À l’autre extrémité du champ, c’est la tentative de meurtre sur une jeune femme par un parfait inconnu (affaire Petit-dit-Chaguet) ; accusé et victime ne s’étaient jamais rencontrés avant le passage à l’acte et n’avaient aucun point commun. La victime est ici encore "victime princeps" puisqu’elle a été choisie au hasard. En fait, là encore, c’est l’image d’elle-même qu’elle renvoyait inconsciemment qui est en cause, cette image qui a cristallisé dans le psychisme frustré et troublé de son agresseur un brutal passage à l’acte totalement immotivé pour sa victime, donc d’autant plus douloureux et incompréhensible.

  • Dans les trois autres dossiers, la victime a indéniablement joué un rôle – fut-ce inconscient – dans la dynamique qui a précédé le passage à l’acte. Le fait est évident dans le cas de cet homme âgé qui tente d’avoir une relation sexuelle avec une jeune femme qui le tue à coup de bâton (Un crime dans les Vosges) ; c’est encore le cas entre ces deux hommes qui se jalousent, se chamaillent avant de se haïr et de se provoquer mutuellement, jusqu’à ce que le moins équilibré des deux ne passe à l’acte (affaire Colnot) ; c’est enfin le cas, quoique plus diffus, de ce sexagénaire accusé d’avoir sauvagement tué la mère de sa compagne qu’il supportait pourtant sans plainte depuis de nombreuses années, alors que la victime n’avait jamais caché le mépris qu’il lui inspirait.

Pénalement, la justice ne fait pas de différence ou de hiérarchie entre les victimes. Pourtant, la qualité des liens et des relations entre accusés et victimes ne peut pas ne pas avoir d’impact sur le ressenti des faits jugés et donc sur les verdicts. La sacralisation idéologique a priori de "la victime" n’a donc pas lieu d’être, même si toute victime et ses proches méritent écoute attentive et réparation. La justice pénale ne saurait être une justice compassionnelle, au risque de trahir les intérêts de la défense d’un accusé.

Résumés et addenda
des émissions de la 8ème saison*

« Verdict » (spécial 90’) : Un crime dans les Vosges

Année 2013
Auteur : Jean-Charles Marchand
Réalisation : Olivier Galy-Nadal


Maud Tellier et Olivier Benoît, dans le box des assises des Vosges

La « ferme » de Sainte-Hélène, lieu de la mort de Robert Pichon



Le concept de ce film est né d’une réflexion menée autour des émissions "Verdict". Les films de la collection suivent une succession de temporalités immuables, dont l’articulation centrale, iconique, est le temps du procès ; viennent s’y greffer le temps indiciel des faits criminels, de leurs circonstances, des éléments de personnalité de l’accusé, etc. et le temps symbolique du prononcé du verdict. Il est apparu qu’il était possible de mieux aligner le temps indiciel sur son référent, la réalité, en partant non plus de l’ouverture d’une audience criminelle mais au plus près de la commission des faits. Ce film est donc un prolongement expérimental de "Verdict", d’une durée de 90 minutes.
Pour mener à bien ce projet, l’équipe de "Verdict" a suivi durant plus de cinq ans les principaux protagonistes d’une affaire criminelle hors normes survenue dans les Vosges en 2007.

Le 13 novembre de cette année-là, Maud Tellier et Olivier Benoît, un couple de toxicomanes, se livrent aux gendarmes pour avouer un crime jusqu’alors inconnu. La jeune femme affirme avoir, le 26 septembre précédent, tué un sexagénaire, Robert Pichon, qui tentait de l’agresser sexuellement dans une ferme isolée de Sainte-Hélène. À son retour sur les lieux, son compagnon aurait décidé de se débarrasser du cadavre en l’incinérant.
Pas de corps donc, aucun élément matériel, mais des aveux qui s’avéreront invérifiables et auxquels le juge, le parquet et les enquêteurs ne croient pas, persuadés qu’Olivier Benoît, délinquant multirécidiviste, est le véritable assassin de Pichon et qu’il fait ainsi endosser la responsabilité du crime à sa compagne.
Le documentaire suit les différents protagonistes durant les années d’instruction judiciaire, entre séjours en prison et remises en liberté des accusés, entre les soubresauts de leurs vies, de celles des proches de la victime, et les rebondissements de l’enquête, entre les doutes et les certitudes des avocats et leur bras de fer avec le magistrat instructeur, jusqu’au coup de théâtre final du procès devant la cour d’assises des Vosges en avril 2013.

Les principaux protagonistes


La dernière photo de Pichon

Tous les protagonistes vivent, ou vivaient, dans les Vosges, au sud de Nancy, essentiellement dans la vallée qui mène à Saint-Dié-des-Vosges.
Olivier Benoît, toxicomane, dealer, délinquant multirécidiviste alors âgé de 35 ans, a grandi et vécu à Raon-l’Étape.
Maud Tellier, toxicomane elle aussi, 27 ans, a quitté en 2000 la région parisienne pour rejoindre à Raon-l’Étape sa sœur jumelle qui s’y est installé avec son concubin. Elle se lie rapidement à partir de 2001 avec Olivier Benoît, au point de le suivre de 2003 à 2005 au gré des prisons où il est incarcéré pour purger un reliquat de peine.
Robert Pichon avait 61 ans. Il s’est installé en 1984 à Moyenmoutier, place d’Oberthal, dans une vaste bâtisse avec sa femme et ses trois enfants. Il exerçait alors la profession de chauffeur routier.
Après sa condamnation en 1996 pour agressions sexuelles sur ses deux filles mineures et son divorce, il habite seul la demeure qu’il laisse en grande partie en déshérence.
La maison fait face à un petit immeuble HLM.

 


La « maison Pichon » à Moyenmoutier

L’escroquerie à l’assurance (jusqu’au 26 septembre 2007)

En décembre 2005, Olivier Benoît et Maud Tellier emménagent à Moyenmoutier dans le HLM, face à la "maison Pichon" ; six mois plus tard, les trois personnages sont devenus des amis inséparables, buvant de l’alcool à fortes doses, fumant des "pétards" et imaginant les arnaques qui permettraient à chacun d’échapper à une précarité financière largement due à une marginalisation partagée.
Robert Pichon, malade, affaibli, alcoolique et sous antidépresseur, envisage l’incendie de sa maison pour toucher l’assurance. Olivier Benoît, qui lorgne sur le vaste garage-atelier qui occupe presque tout le rez-de-chaussée de la maison, propose à Pichon une autre solution : un faux cambriolage et une escroquerie à l’assurance. L’occasion se présente en août 2007 : Robert Pichon doit être hospitalisé pour une opération chirurgicale du 6 au 22 au CHU de Nancy-Brabois. Benoît déménage tous les meubles et saccage la maison. Le 22 août, regagnant son domicile, Robert Pichon "découvre" le cambriolage et se précipite à la gendarmerie pour porter plainte.
Olivier Benoît, ayant été aperçu par des voisins en plein "déménagement", est le premier soupçonné. Le 27 août, il est placé en garde à vue et une perquisition est effectuée, en présence de Robert Pichon, à Sainte-Hélène dans l’un des bâtiments d’une vieille ferme isolée dans laquelle Olivier Benoît et Maud Tellier passent cet été 2007. Les meubles sont là, mais Robert Pichon n’en reconnait aucun...
Le lendemain, le sexagénaire entame les premières démarches auprès du cabinet d’assurance de Saint-Dié. Il présente à l’assureur Olivier Benoît comme étant son neveu et, prétextant son état de santé, le désigne comme habilité à s’occuper de ses affaires. Le 12 septembre, l’assurance verse une première provision de 3 000 € sur un compte dont Olivier Benoît détient une procuration. Les deux hommes courent alors les magasins de la région pour accumuler les devis nécessaires à l’assurance pour justifier le préjudice global. Le 24 septembre, Robert Pichon signe trois documents manuscrits en faveur d’Olivier Benoît : un certificat de location à titre gracieux, un projet de création de société commune et, surtout, une délégation générale de pouvoir. Ces documents prendront pour l’enquête une importance capitale quand la date de la mort de Robert Pichon, le 26 septembre, soit 48 heures seulement après la rédaction des documents, sera connue.

Certificat de logement Certificat de société Certificat de délégation Lettre de l'assureur

La mort de Pichon et la "reddition" du couple (du 26 septembre au 13 novembre 2007)

L’assureur de Robert Pichon reçoit 48 heures plus tard, le 28 septembre, puis début octobre, des courriers de son client qui l’intriguent : l’écriture, la formulation, la signature lui semblent différentes de ceux des précédents courriers. L’agent d’assurance décide de transmettre l’intégralité du dossier au service contentieux de la compagnie dont il dépend. Il n’aura plus de nouvelles directes ni de Robert Pichon, ni de son "neveu". À Moyenmoutier, Robert Pichon ne réapparaît plus. Olivier Benoît et Maud Tellier se sont installés dans la "maison Pichon" et racontent à qui veut les entendre que le sexagénaire est parti se reposer dans le Sud de la France où il s’est toujours targué de posséder un bien immobilier.

Un voisin s’inquiète de la disparition de Pichon qu’il signale à la gendarmerie de Senones le 7 novembre. Le 13 novembre, Olivier Benoît et Maud Tellier se présentent spontanément à cette même gendarmerie pour expliquer dans quelles conditions, selon eux, Robert Pichon est mort le 26 septembre précédent dans la ferme de Sainte-Hélène.

Voici le récit de la journée du crime, heure par heure, selon la version d’Olivier Benoît et de Maud Tellier. Les passages en italiques intéressent les seuls faits qui ont pu être vérifiés par l’enquête. À l’exception de ces repères précis, les horaires présentés sont indicatifs, le couple s’avérant incapable de fournir des précisions plus fines, tout en maintenant la cohérence de la succession chronologique des évènements.

08h
Olivier Benoît et Maud Tellier se lèvent à la ferme de Sainte-Hélène
08h30
Ils partent vers Moyenmoutier chercher Robert Pichon à son domicile pour le conduire à Sainte-Hélène "faire du bois"
8h45-11h
C’est le créneau horaire du passage quotidien de l’infirmière au domicile de Robert Pichon pour renouveler les pansements (l’infirmière ne se souviendra pas de l’heure de son passage ce jour-là)
9h
Robert Pichon téléphone à son meilleur ami, Pierre Gérard (décédé avant d’avoir pu être entendu)
9h05
Olivier Benoît et Maud Tellier arrivent à Moyenmoutier chez Pichon. Ils repartent tous les trois vers Sainte-Hélène
9h07
La messagerie vocale du téléphone portable de Robert Pichon déclenche le relais d’Etival, un village proche de Moyenmoutier, sur la route de Sainte-Hélène
9h45
Le trio arrive à Sainte-Hélène
9h58
Olivier Benoît retourne à l’appartement du Moyenmoutier pour chercher le Subutex oublié
10h
Un appel téléphonique "non décroché" sur la ligne fixe du domicile de Pichon
10h - 11h15
Restée seule à Sainte-Hélène avec Robert Pichon, Maud Tellier est agressé par celui-ci qui tente d’arracher sa robe alors qu’elle alimente le poêle à bois situé dans la chambre du couple. Elle se retourne, munie du manche de bois avec lequel elle plaçait les bûches dans le poêle, et frappe aux jambes Pichon pour le faire reculer. Le sexagénaire quitte la chambre à reculons pour gagner la pièce principale et la porte donnant sur l’extérieur. Il est rattrapé par Maud Tellier qui lui porte un violent coup sur le crâne. Selon les aveux de la jeune femme, elle est au comble de la rage, alors que Pichon ne se défend même plus. L’homme s’écroule, en restant assis le long du vantail intérieur droit de la porte ; il ne bouge plus et un filet de sang sort de sa bouche pour s’écouler sur le sol. Maud Tellier s’assoit à terre le long d’un mur, à quelques mètres en retrait du corps et reste prostrée.
11h15
Olivier Benoît revient à Sainte-Hélène et découvre à la fois le cadavre qui bloque la porte d’entrée et sa compagne toujours prostrée et en larmes. Il vérifie que Robert Pichon est mort et s’efforce de calmer Maud Tellier. Olivier Benoît décide rapidement que la meilleure solution est de se débarrasser du corps en le brûlant, tout en faisant croire que Pichon est toujours vivant, mais parti en vacances.
Olivier Benoît récupère les papiers d’identité, la carte de crédit et le téléphone portable de Robert Pichon. Avec l’aide de sa compagne, il enroule le cadavre dans une couverture et place le tout dans une brouette qu’il mène à une quarantaine de mètres de la maison dans un petit champ broussailleux entouré d’arbres sous lesquels sont entassés plusieurs stères de bûches. Puis il prépare un bûcher de plus de deux mètres de hauteur, y place le corps et l’arrose d’essence puisé dans le réservoir de sa moto. Il enflamme le tout avec un morceau de papier. Sa précipitation lui joue un mauvais tour : il se retrouve lui-même en flammes, sur tout le côté gauche, et se roule à terre pour se sortir d’affaire.
Durant ce temps, Maud Tellier nettoie avec sa robe déchirée imbibée d’un détergent les traces de sang sur le sol et les éclaboussures sur les vitres et un pan de mur. Alerté par les cris de son compagnon, elle recouvre les brûlures d’Olivier de pommade, avant de jeter dans le foyer les restes de sa robe. Olivier Benoît continue d’alimenter le foyer jusqu’à ce que la douleur se fasse insupportable. Le couple décide de se rendre aux urgences de l’hôpital de Saint-Dié.
14h12
L’hôpital Saint-Dié enregistre l’admission d’Olivier Benoît
14h52
Le téléphone portable d’Olivier Benoît, éteint depuis plusieurs jours est rallumé sur Saint-Dié
15h30
Devant l’étendue des brûlures (8% du corps), Olivier Benoît est transféré à l’hôpital de Metz
16h34
Le téléphone portable de Robert Pichon active le relais de Rambervillers qui dessert la commune de Sainte-Hélène.
Maud Tellier se rend à Moyenmoutier où elle s’injecte une dose de Subutex dans la voiture.
17h
Maud Tellier appelle le cabinet d’infirmières pour décommander le rendez-vous du lendemain matin et la suite des soins de Robert Pichon au prétexte que le sexagénaire est parti se reposer dans le Sud.
17h31 - 18h18
Après avoir signé une décharge aux médecins de l’hôpital de Metz, Olivier Benoît téléphone à deux reprises à sa compagne afin qu’elle vienne le chercher puis pour la guider vers l’hôpital.
Le couple redescend vers les Vosges.
01h19
Le téléphone portable d’Olivier Benoît active le relais de Rambervillers. Le couple est revenu à Sainte-Hélène pour rallumer le bûcher et dormir.

L’enquête et l’instruction

La version des faits du couple ne convaincra jamais ni les enquêteurs de la gendarmerie, ni le parquet, ni le juge d’instruction. Ils y voient trop d’incohérences, trop d’invraisemblances, ne serait-ce que cet "oubli" du Subutex – très rare s’agissant de toxicomanes d’habitude - qui contraint Olivier Benoît à ces deux allers et retours entre Sainte-Hélène et Moyenmoutier. Lui, si jaloux et méfiant, aurait-il laissé seule sa compagne avec un autre homme ? Comment imaginer Robert Pichon, sexagénaire fatigué, affaibli par une opération chirurgicale récente, en agresseur sexuel ?

Pour autant, les investigations ne permettent ni de mettre en défaut le récit des deux accusés, ni de définir un mobile vraisemblable : Olivier Benoît n’avait aucun intérêt à tuer Robert Pichon ce jour-là, l’argent de l’assurance n’ayant pas encore été versé.

Les enquêteurs sont encore étonnés de la rapidité et de la précision avec lesquelles les actions destinées à faire disparaître toutes traces de Pichon ont été menées, exactement comme dans un plan préparé et réfléchi. L’enquête démarre sur ces soupçons : un assassinat mené par Olivier Benoît, en lien avec l’appropriation du butin de l’escroquerie à l’assurance.
Pour autant, les investigations ne permettent ni de mettre en défaut le récit des deux accusés, ni de définir un mobile vraisemblable : Olivier Benoît n’avait aucun intérêt à tuer Robert Pichon ce jour-là, l’argent de l’assurance n’ayant pas encore été versé.

Les lieux du crime : la ferme de Sainte-Hélène

La ferme de Sainte-Hélène, située à un carrefour routier, est totalement isolée. Les alentours de la bâtisse, sont occupés sur plusieurs kilomètres par des terres agricoles. La ferme appartient à Janine Benoît, la mère d’Olivier. Celle-ci, bien que fâchée avec toute sa famille, laisse la jouissance de la bâtisse de gauche à l’une de ses sœurs, âgée et en mauvaise santé, qui entretient une crainte permanente de son neveu Olivier. En sa présence, elle vit recluse chez elle.
Le bâtiment du milieu, en béton brut et au confort très sommaire, est celui qu’occupaient Olivier Benoît et Maud Tellier à l’été 2007 et dans lequel Robert Pichon est mort. Le dernier bâtiment est un hangar à bois.
C’est à environ 40 mètres en prolongement de l’axe de la ferme, au milieu d’un champ entouré de bosquets d’arbustes, qu’aurait été dressé le bûcher ayant servi à incinérer le corps de Pichon.

Voici le plan de la partie de la ferme qui intéresse le crime. En bas, de droite à gauche, la partie arrière du hangar, puis un débarras, suivi d’un vaste salon rectangulaire.
En haut, toujours de droite à gauche, le reste du hangar, la chambre occupée par Olivier Benoît et Maud Tellier, puis une cuisine au fond de laquelle se situe la seule porte d’entrée et de sortie de la maison.
L’intégralité des faits se sont déroulés entre la chambre et la cuisine.



Dans cette illustration construite d’après la version de Maud Tellier, on voit les mouvements des deux protagonistes, depuis la scène de l’agression devant le poêle de la chambre [1] jusqu’à la scène finale de la prostration de Maud [4], en passant par le recul de Robert Pichon vers la porte de sortie sous les coups de Maud [2] et le coup de bâton final assené avec une grande violence [3], avant l’arrivée devant la maison d’Olivier [5].
La reconstitution ordonnée par le Juge d’Instruction ne permettra pas de placer Maud Tellier en défaut, pas plus qu’Olivier Benoît dans la seconde scène de crime, celle de la crémation du cadavre.

Placé dans une brouette, le corps de Robert Pichon est transporté vers un lieu isolé, à l’abri derrière un bosquet d’arbres, puis placé sur un gros tas de bûches auquel Olivier Benoît mettra le feu après y avoir imprudemment versé de l’essence.

La personnalité des protagonistes et le procès




« Verdict » n°47 : L’affaire Colnot

Année 2013
Auteur : Jean-Charles Marchand
Réalisation : Karine Dusfour


Denis Colnot, au sortir du box,
assisté de Me Gérard Welzer

Michel Pacchiana, partie civile,
avec Me Julie Picard



Le 23 juillet 2011, sur les hauteurs d’Épinal (Vosges), une querelle éclate entre un habitant d’un petit immeuble HLM posté à son balcon, Denis Colnot, et un agent d’entretien qui tond la pelouse en contrebas, Michel Pacchiana. Le premier s’empare dans sa cuisine d’un long couteau, se précipite en courant vers le second et lui porte un coup tranchant à la gorge avant de rentrer tranquillement à son domicile. Par miracle, car la plaie se situe tout près de la carotide, Pacchiana n’est que légèrement blessé. Colnot est arrêté, mis en examen pour tentative de meurtre et incarcéré. Les deux hommes se connaissent bien, sans être des amis proches : dans les fêtes de village ou les karaokés locaux, Pacchiana imite Johnny Halliday, Colnot Serge Gainsbourg. Depuis un mois, l’antagonisme entre les deux hommes s’est exacerbé, via des échanges de SMS ou par voie d’affichettes… Pacchiana revendique le titre de "numéro 1" et traite Colnot de "looser" et de "cas social". Ce dernier se désespère d’être seul, en grande difficulté sociale et, estime-t-il, humilié par son rival à qui tout semble réussir. Jugé par la Cour d’Assises des Vosges, Denis Colnot va tenter de persuader le jury qu’il n’a jamais voulu tuer Pacchiana mais seulement « le faire taire ».


Vue du balcon de Denis Colnot
sur le lieu des faits

Vue de l’HLM de Denis Colnot depuis le lieu des faits



Les deux protagonistes ont connu des parcours de vie très différents : Michel Pacchiana revendique une enfance idyllique, malgré le suicide de l’un de ses frères, puis une vie professionnelle épanouie de maçon. Denis Colnot a connu une enfance très chaotique, entre un père décrit comme alcoolique et violent et une mère dépressive. Analyse du docteur Henri Brunner, expert psychiatre.



« Verdict » n° 48 : L’affaire Duplessis

Année 2013
Auteur : Jean-Charles Marchand
Réalisation : Olivier Galy-Nadal


L’accusé à la Cour d’Assises de Poitiers

Depuis le début, Michel Duplessis
a toujours clamé son innocence



Le 8 septembre 2008, Alyette Nief découvre le cadavre atrocement mutilé de sa mère, Lucienne, 90 ans. Le corps gît dans le garage attenant à la maison situé dans un petit domaine appartenant à la mère dans un quartier bourgeois du Bois-Plage, sur l’Ile de Ré, rue de la Paix. Des quatre filles de Lucienne Nief, seule Alyette vit encore au village : c’est une artiste qui expose et vend des galets peints sur le marché. Elle vit, à l’autre extrémité du village, avec Michel Duplessis, 60 ans, un personnage assez excentrique : libertaire, un peu hippie sur le retour et adepte du cannabis ce qui lui a valu une condamnation en 1996 à 18 mois d’emprisonnement.
Rapidement, plusieurs témoignages indiquent que, la veille de la découverte du crime, Michel Duplessis a traversé le village du Bois-Plage les vêtements et les mains tâchés de sang. À son domicile, les gendarmes saisissent un « pantacourt » portant des traces de sang de la victime. Duplessis reconnaît être allé chez madame Nief la veille en fin d’après-midi mais y avoir été assommé par un inconnu avant d’aller récupérer dans le garage le « pantacourt », sans voir le cadavre de la vieille dame. Niant toujours mais en se défendant maladroitement, il est condamné à 20 ans de réclusion criminelle en décembre 2011 par la cour d'assises de la Charente-Maritime. Ayant fait appel, il est rejugé en septembre 2013 à Poitiers.


La très tranquille et très bourgeoise
rue de la Paix à Bois-Plage

Le pantacourt de Duplessis
taché du sang de la victime




Un morceau de mousse de ce casque
audio sera retrouvé dans le jardin

Michel Duplessis en route vers
le Palais de Justice de Poitiers




L’accusé dans le box avec ses avocats,
dont Me Patricia Coutand

Le Président de la cour d'assises
de la Vienne, Pierre Hovaere

Les abords du lieu du crime

Ci-contre, le croquis, dressé par les enquêteurs, du domaine de Mme Nief au Bois-Plage. Il est bordé, au sud vers la mer, par la rue de la Paix, une artère très calme et bordée de maisons bourgeoises et, à l’ouest, par une ruelle très peu fréquentée. Le domaine Nief est protégé par de solides murs, surplombés par une dense végétation mal entretenue. L’ensemble maison-garage, entouré d’un petit parc, est invisible de l’extérieur et n’est accessible que par le portail donnant sur la rue de la Paix.

La scène de crime

Les faits criminels se sont déroulés à l’intérieur du petit garage (7m sur 3m).
Ci-contre, le relevé de la scène du crime établi par les enquêteurs

Au cours de la reconstitution judiciaire menée pendant l’instruction, Michel Duplessis livre une version très personnelle de sa visite dans le domaine de Lucienne Nief l’après-midi du crime.
Il fait intervenir un mystérieux cambrioleur qui l’aurait assommé, avant qu’il n’aille dans le garage récupéré son pantacourt tâché du sang de la victime.
La version se heurte à un élément majeur : comment, entré dans le garage, Michel Duplessis aurait-il pu ne pas voir la scène de crime et le cadavre de la victime ? C’est pourtant cette thèse qu’il défendra au cours du premier procès où il sera condamné à 20 ans de réclusion.



Michel Duplessis est un personnage complexe, mi nostalgique de mai 68 et des hippies, mi adepte de pensées ésotériques et d’hindouisme. Enfant et adolescent, il dit avoir subi les violences d’un père autoritaire. En revanche, il épargne sa mère, pourtant objectivement complice du père dans les violences subies par sa sœur cadette et lui, enfants non désirés d’un couple alors mineur. Interviews et décryptages par le docteur Pierre Parry, expert psychiatre, et Christian Bangoura, expert psychologue.



« Verdict » n° 49 : L’affaire Petit-dit-Chaguet

Année 2013
Auteur : Jean-Charles Marchand
Réalisation : Christophe Maillet


La victime, Sandrine Lasserre,
entourée de sa famille

L’accusé, Bernard Petit-Dit-Chaguet,
et son avocate, Me Isabelle Casau



Au soir du 6 janvier 2010, sur le parking d’un centre commercial de Mourenx (Pyrénées Atlantiques), Bernard Petit-Dit-Chaguet, 49 ans, agresse une jeune femme à l’intérieur du véhicule de celle-ci. Sandrine Lasserre est blessée de trois coups de couteau et perd l’usage d’un bras à la suite des impulsions électriques portées par son agresseur à l’aide d’un « choqueur » électrique. En se débattant, la jeune femme parvient à quitter sa voiture en se laissant lourdement chuter au sol, tandis que l’agresseur prend la fuite.
Sandrine Lasserre n’avait jamais vu son agresseur auparavant. Arrêté quinze jours après les faits, Bernard Petit-Dit-Chaguet confirme qu’il ne connaissait pas sa victime et s’avère incapable de fournir un mobile rationnel à son acte. C’est un homme ordinaire, un ouvrier consciencieux, chez lequel les experts ne détectent aucune maladie mentale. Il est poursuivi pour « tentative de meurtre ». C’est donc, chose rarissime, un « crime immotivé » que la Cour d’Assises de Pau est appelé à juger en décembre 2013.

L’ensemble des faits du centre commercial se déroule en une demi-heure, les horaires de chacun ayant pu être déterminés par les passages aux caisses :

18h41
Bernard Petit-Dit-Chaguet paie son achat, le range dans son véhicule et revient se poster face à la sortie du magasin.
18h44
Francis Pinck, son collègue de l’usine et « persécuteur » et son épouse sortent à leur tour et quittent les lieux sans être inquiétés par Petit-Dit-Chaguet devant lequel ils passent pourtant.
18h58
Sandrine Lasserre paie à une caisse et se dirige vers sa voiture.
19h02
le premier appel d’un témoin alerte les services de secours. Bernard Petit-Dit-Chaguet a déjà pris la fuite.

L’agression criminelle n’aura donc duré qu’environ trois minutes.


Photo de la procédure médico-légale

Si Bernard Petit-Dit-Chaguet reconnaît avoir porté les trois coups de couteau, il a toujours nié l’utilisation d’un « choqueur » électrique sur sa victime. Peut-être parce que le couteau a été retrouvé sur les lieux du crime, alors qu’aucun « choqueur » n’y a été découvert.
Pourtant, Sandrine Lasserre a parlé des électrisations répétées subies dès le tout début, aux témoins venus lui porter secours, aux services d’urgence et aux gendarmes. La perte de motricité et de sensibilité, sans doute définitive, du bras gauche et les douleurs violentes ressenties par la victime depuis les faits ne peut d’ailleurs pas avoir d’autre explication médicale.
Sur cette photo prise au cours de l’expertise médico-légale, on voit assez nettement les traces brunâtres laissées sur la peau de l’épaule de la victime par les électrodes du « choqueur ». On constate également que les « fulgurations » électriques ont été portées à un endroit proche, mais distinct, de la longue blessure de la gorge qui s’étend du menton jusqu’au niveau de la carotide.

Ce schéma du plexus brachial montre les dégâts infligés par les électrisations répétées (trois ou quatre) sur l’intégrité du nerf radial, l’un des nerfs principaux des membres supérieurs.
Afin de tenter de comprendre ce qui a pu déclencher le « geste fou » de l’accusé tentant de tuer une inconnue, l’expert psychiatre Daniel Ajzenberg et l’experte psychologue Sylvie Bessière tentent de cerner sa personnalité et les évènements de sa vie (voir les vidéos).
Ils relèvent trois faits majeurs :

  • Bien qu’étant un homme banal, l’accusé a souffert de la mort prématuré de son père et a toujours été sous la coupe d’une mère qu’il qualifie de « gendarme de la maison » ;
  • Employé depuis 31 ans dans la même entreprise, une réorganisation interne l’a persuadé que son travail et ses compétences n’étaient pas reconnues. Il en a conçu un vif ressentiment contre son collègue Francis Pinck qui a bénéficié d’une promotion, l’accusant de « harcèlement moral » ;
  • La femme qu’il a épousée en 1992 est devenue dépressive et alcoolique à la suite du décès d’une sœur. Depuis, elle présente des signes inquiétants de déséquilibre qui se traduisent soit par de violentes crises de fureur, soit par une apathie totale.

Face à ces trois problèmes, Bernard Petit-Dit-Chaguet n’a jamais réagi : il a subi, sans se plaindre, empilant ainsi les frustrations au fil des années et accumulant une forte tension interne. La scène du centre commercial, réunissant symboliquement ses problèmes au travail (avec la présence de son collègue Pinck) et l’image négative de la femme (une passante avenante) a sans doute cristallisé dans le psychisme de l’accusé, en quelques secondes, l’ensemble de ses rancœurs, déclenchant une violence qu’il n’a pas su contenir.



« Verdict » n° 50 : L’affaire Carneiro

Année 2014
Auteur : Jean-Charles Marchand
Réalisation : Olivier Galy-Nadal


L’accusé, Americo Carneiro,
et son épouse au TGI de Melun

Americo Carneiro et son avocat,
maître Hubert Delarue



Le 4 janvier 2011, Americo Carneiro étouffe sa fille de 6 ans, Johanna, dans son sommeil. L’acte criminel est très particulier : la fillette souffre depuis sa naissance de très lourds handicaps qui ne lui autorisent aucune autonomie et la privent de parole. Son père, un maçon portugais quadragénaire, évoque un geste altruiste : mettre un terme aux souffrances supposées de sa fille. Il avait d’ailleurs envisagé de supprimer également son épouse et de se suicider.
L’histoire personnelle de l’accusé est étrangement liée au handicap : lorsqu’il avait 11 ans, au Portugal, son père est frappé d’un accident vasculaire cérébral qui le laissera hémiplégique jusqu’à son décès ; plus tard, installé en France, il épouse Gracinda, une jeune femme souffrant d’une psychose maniaco-dépressive. L’expertise psychiatrique décrit un homme tourmenté, à bout, atteint d’une dépression sévère et retient une altération de son discernement lors des faits criminels. La cour d’assises de Seine et Marne doit décider de son degré de responsabilité : l’accusé encourt, au maximum, la réclusion criminelle à perpétuité et, au minimum, deux ans de prison.


Johanna et ses parents

L’acte criminel envisagé par l’accusé ne se limitait pas à la mort de sa fille handicapée.
Il avait conçu un projet que les psychiatres nomment un « homicide suicide altruiste », soit l’assassinat de sa fille, puis celui de son épouse, suivis par son propre suicide.

Le fait est matériellement établi par l’envoi au Portugal par l’accusé d’une somme de 10 000 € quelques jours avant les faits à sa mère, somme destinée à couvrir les obsèques de toute la famille.
Décryptage des experts psychiatre et psychologue commis au cours de l’instruction et entendus par la Cour d’assises.




L’accusé a toujours reconnu les faits
Le deuxième anniversaire de Johanna
Père et fille : amour et souffrance




Impossible de deviner à travers ces images d’un bonheur familial apparent, les très lourds handicaps de Johanna et la souffrance des parents



« Verdict » n° 51 : L’affaire Calie

Année 2014
Auteur : Jean-Charles Marchand
Réalisation : Damien Vercaemer


Cécile Calie, 31 ans

La résidence des Landes



Cécile Calie, 31 ans, est poursuivie pour avoir étouffé son fils Flavien, âgé de 18 mois, en 2004, sa fille Amandine, 6 mois, en 2007 et exercé des violences volontaires sur un autre de ses fils Luka, 1 mois, en 2009, puis à nouveau sur le même enfant en 2010. Arrêtée en 2012, Cécile Calie avoue les faits en 2013 : sept passages à l’acte - dont deux mortels - sur trois de ses quatre enfants.
Le scénario répétitif de ces passages à l’acte intrigue : à chaque fois, Cécile Calie, enceinte, est hospitalisée en psychiatrie ; quelques temps après la naissance, elle se livre à une première manœuvre d’étouffement non létale et appelle le SAMU. Au retour de l’enfant d’hospitalisation, elle le tue mais les autopsies et les enquêtes judiciaires concluent à des morts naturelles. Le plus jeune, Luka, échappera à ce cycle infernal après trois tentatives.
Les aveux, tardifs, de Cécile seront toujours lapidaires, jamais explicatifs.
La vie de la jeune femme a toujours été chaotique : abandonnée à l’âge de 9 mois par ses parents biologiques, elle sera élevée par des familles d’accueil. Très vite, elle présente des graves troubles du comportement qui conduiront à de très nombreuses hospitalisations en psychiatrie tout au long de sa vie : anorexie, scarifications, épisodes anxio-dépressifs, troubles qualifiés de « bipolaires », tentatives de suicide, alcoolisation massive, prises de stupéfiants… Elle a toujours voulu des enfants, souhaitant sans doute par-là présenter le visage de la « bonne mère » que sa propre mère n’a pas été en l’abandonnant. Une première expertise psychiatrique retient un « syndrome de Münchhausen par procuration », cette pathologie consistant pour une mère à rendre son enfant malade pour qu’il soit pris en charge par le milieu médical. Une contre-expertise conclut à la « mise en abîme » par Cécile de sa propre vie, pour se punir de la culpabilité qu’elle ressent inconsciemment d’avoir été la responsable de l’abandon parental initial. Elle aurait ainsi réussi à surpasser sa propre mère dans le registre de la « mauvaise mère », devenant ce « monstre » dont elle clame assumer le rôle, parvenant ainsi à l’acmé de la dévalorisation de son image narcissique.
Elle comparaît devant les assises des Landes.




Flavien en 2003 avec sa mère en Savoie
Flavien en 2004 peu avant son décès
Amandine au service de néonatalogie. Née le 20 avril 2007, elle sera étouffée par sa mère le 23 octobre suivant
Le compagnon de Cécile avec ses fils, Y., et Luka




Entrée de Cécile Calie dans le box des accusés, derrière son avocat, Me Thierry Sagardoytho, sous le regard scrutateur de l’avocate générale Émilie Lagrave
Les deux visages de Cécile Calie :
  • fatiguée, impulsive, parfois agressive, refusant de répondre aux questions et quittant en pleurs brutalement l’audience ;
  • un peu plus tard, souriante, acceptant de tenter de s’expliquer, par bribes.



Les deux collèges d’experts psychiatres ont eu des difficultés à entrer en contact et à le maintenir durant leurs entretiens avec Cécile Calie. La jeune femme s’est montrée méfiante, réticente et élusive.



Les deux rapports se complètent plus qu’ils ne s’opposent, aucun des deux n’ayant relevé une pathologie psychiatrique constituée, mais recensant de nombreux troubles de la personnalité, de l’humeur et du comportement. Le premier examen a eu lieu à une époque où Cécile Calie niait avec véhémence toutes les accusations, le second a été réalisé après ses aveux devant la juge d’instruction en mars 2013.
Le premier collège (docteurs Jacques Bertrand et François Asens) décrit une personnalité impulsive, fragile, mythomaniaque et conclut au « Syndrome de Münchhausen par procuration » qui conduit le sujet à rendre ses enfants malades et à les faire soigner afin d’être reconnue et valorisée comme une « bonne mère ».
Le second collège (docteur Daniel Ajzenberg et le psychologue Alain Penin) s’efforce de rapprocher les lourdes carences affectives d’une accusée à l’image d’elle-même très dépréciée avec les faits criminels, décrivant le parcours d’une jeune femme culpabilisée par l’abandon parental, « punissant » d’abord son propre corps avant de « punir » les corps de ses enfants.
Les deux rapports se rejoignent dans leurs conclusions : inconsciemment, Cécile Calie a mis en échec chaque épisode de sa vie avant d’atteindre l’acmé de la dévalorisation de son image narcissique : sa mise en accusation devant une cour d’assises en tant que « mauvaise mère », meurtrière de ses enfants.