Saison 7

Note de présentation : De l'intentionnalité criminelle et du silence

"Verdict" a choisi d'articuler les émissions de la 7ème saison autour de la problématique de l'intentionnalité criminelle. Cette notion, qui mêle historiquement réflexions juridiques, psychologiques et morales, est le pivot autour duquel vont s'affronter accusation et défense au cours de ces dix audiences criminelles.

Au plan légal, l'intention « est essentiellement un projet qui oriente vers un but déterminé : un résultat précis est recherché, désiré, poursuivi. L'acte qui révèle cette intention tendra vers ce résultat qui est cause, sa raison d'être. »1 Concrètement, une intention homicide requiert la mise en évidence de deux éléments : l'un matériel, constitué d'une "acte positif de violence", et l'autre moral institué par une volonté de donner la mort ou animus necandi.

Au plan psychologique, il est particulièrement difficile de discerner dans la production d'un acte criminel la part de l'intention volontaire et celle de l'intention inconsciente, sauf à confondre déterminisme causal et intentionnalité. C'est cette « zone ambiguë où l'événement est pleinement vécu comme un signe dont le contenu est cependant incertain. »2

L'incertitude, comme principal point de convergence de ces dossiers, c'est un double silence.

Le silence comme échec de la parole

Le premier, c'est le silence –ou plus exactement la non-parole - qui accompagne la commission de l'acte criminel. Geneviève Bertry reste muette lors de l'agonie de son compagnon ; Xavier Maufront ne profère pas une seule parole en frappant le médecin de son couteau ; les mots que Pascal Jacquemin avaient préparé pour "s'expliquer" avec sa victime se sont "étouffés" dans sa gorge ; Marianne Lafosse se tait durant le carnage familial ; Gilbert Borgna encaisse les insultes de son fils sans mot dire ; Christel Sextus se mure dans l'obscurité et le mutisme quarante-huit heures avant le passage à l'acte…

Le passage à l'acte criminel est l'impossibilité de mentaliser, et donc de verbaliser, une situation ressentie comme insupportablement anxiogène : « Le meurtre est l'ultime échec de la parole. »3

Le silence comme impossibilité de dire

Le second silence, c'est l'impossibilité pour chaque accusé de dire son acte. A l'audience de Cour d'Assises, cette incapacité à verbaliser se traduit par des tentatives d'explication projectives : Geneviève Bertry s'abrite derrière "sa maladie", Emmanuel Capellier derrière sa "fascination pour le feu", Gilbert Borgna derrière l'inéluctabilité du son geste, Marianne Lafosse derrière la peur de son fils ou son mari, Xavier Maufront et Pascal Jacquemin ont "pété les plombs", Emmanuel Rist dénonce l'influence d'une "idéologie absurde" qu'il jure avoir renié, etc.


Comme la plupart des accusés,
Emmanuel se ferme lorsqu'il s'agit d'expliquer les raisons de ses actes

Tous les accusés soutiennent qu'au moment de l'acte criminel, ils n'étaient plus "eux-mêmes". « Je crois qu'à l'instant du meurtre la plupart des criminels sont hallucinés et que ce n'est pas seulement pour leur défense qu'une fois redevenus conscients ils affirment : " J'ai été pris d'un coup de folie." »4

L'explication en réside aussi dans le phénomène de "clivage" bien décrit par la psychanalyse : « Ils ne se perçoivent pas violents Ce qui est à la fois surprenant, vu les faits qui leur sont reprochés, et compréhensible, parce que cela se passe dans une zone clivée. Il s'agit bien de deux parties du Moi qui s'ignorent l'une l'autre ; lorsqu'ils sont étonnés, c'est la partie capable d'établir une relation élaborée qui parle. »5

C'est donc ce phénomène de clivage qui fait répéter aux accusés comme une antienne : "ce n'est pas moi qui ai fait cela, c'est comme s'il y avait quelqu'un dans ma tête", au risque d'une interprétation de ce déni par la Justice comme un mensonge ou une dissimulation grossière. C'est aussi ce clivage qui permet à l'auteur d'un crime de mener, en parallèle aux faits reprochés, une vie ordinaire et qui déclenche l'incompréhension totale et souvent ahurie de son entourage qui ne parvient pas à faire le lien entre l'ami, le proche et l'accusé.

Intentionnalité, motivation et inconscient

Ce processus psychique, qu'il soit hallucinatoire ou clivé, brouille la recherche judiciaire de l'intentionnalité en posant la question essentielle de l'identité criminelle : l'accusé est-il l'"auteur" de son crime ou n'en est-il qu'un "agent" plus ou moins conscient ? « Parlera-t-on alors de motivation inconsciente ? Si cette expression est parfaitement licite dans d'autres contextes […] elle apparaît très ambiguë dans le contexte judiciaire si elle vient en réponse à la question des mobiles : ceux-ci sont entendus dans le sens de l'intention, alors que l'inconscient n'a, par définition, aucune intentionnalité. L'intention requiert en effet l'anticipation d'un but et donc une capacité de représentation et une conscience du temps dont l'inconscient est dénué. En revanche, repérer des mouvements inconscients et décrypter une dynamique intrapsychique sont une bonne façon de mettre en histoire des comportements et de restaurer le sujet dans toutes ses dimensions, la justice tendant à rabattre celui-ci à la seule dimension de ses actes. »6

Voilà bien la contradiction centrale entre justice et sciences humaines : la première cherche une intention correspondant à un mobile rationnel, intelligible, audible ; les secondes investiguent le processus individuel de socialisation, la structure psychique, l'inconscient et les pulsions. « Considérer que ce qui porte à l'action est la motivation, à l'instar du rat "motivé" par la quête du morceau de fromage à la sortie de labyrinthe, c'est méconnaître le fait que la motivation est elle-même subordonnée à ce qui échappe à la conscience. L'idée de motivation inconsciente est un hybride fondé sur la méconnaissance de ce que l'inconscient ne peut être dit motivé, car ce serait le situer sur le plan du comportement déterminé par ses structures biologiques et le doter de qualités qui appartiennent à la conscience. »7

Résumés et addenda
des dix émissions de la 7ème saison8

« Verdict » n° 37 : L'affaire Bertry

Année 2011
Auteur : Jean-Charles Marchand
Réalisation : Olivier Galy-Nadal


Les deux avocats de la défense

L'accusée réconfortée par ses proches


Début mai 2008, le corps noyé et sans vie d'un quinquagénaire est découvert, à côté de sa voiture, au fond d'un petit étang du Rhône. Sa compagne, Geneviève Bertry, cinquante-deux ans, avait déclaré la disparition de Jean-Paul trois jours auparavant. Il ne s'agit ni d'un accident ni d'un suicide : Geneviève admet avoir conduit la voiture jusqu'à l'extrême bord du lac après avoir administré des somnifères à son compagnon. En revanche, elle soutient ne plus se souvenir si la voiture – avec son compagnon à la place passager - a glissé à l'eau toute seule ou si elle lui a donné, de l'extérieur, l'impulsion nécessaire. Curieusement, aux yeux de tous, le couple semblait soudé, Geneviève étant décrite comme une femme discrète, effacée derrière la personnalité de Jean-Paul et de santé fragile, voire dépressive. Derrière cette façade, on découvre une autre femme, hantée par d'anciens traumatismes et obsédée par la crainte de la mort et la terreur de la solitude. Poursuivie pour "assassinat", elle comparaît - détenue - devant la Cour d'Assises du Rhône. Elle soutient n'avoir jamais voulu la mort de son compagnon.

 


La maison de village où vivait le couple

L'étang du crime situé en-deçà de la route principale

La voiture a emprunté cette voie pour descendre vers l'étang

L'accusée a immobilisé le véhicule à quelques centimètres de la rive

Poussée ou non, la voiture a plongé dans l'eau, engloutissant la victime


« Verdict » n° 38 : L'affaire Capellier

Année 2011
Auteur : Jean-Charles Marchand
Réalisation : Damien Vercaemer


L'accusé avec son avocat

Un rare dossier criminel de pyromane


A l'aube du 7 octobre 2008, un petit immeuble du centre historique de Perpignan est ravagé par un violent incendie. En sauvant la vie de l'unique occupante des lieux, l'un des pompiers chute de huit mètres, se blessant très grièvement. Le responsable de l'incendie est interpellé sur les lieux : Emmanuel Capellier est un jeune homme de 24 ans, oisif et marginalisé, connu dans la ville comme étant un pyromane d'habitude. A près d'une centaine de reprises, il a incendié des voitures ou des poubelles car, dit-il, « la vue des flammes l'apaise ». Cette fois, la mise à feu d'un présentoir de journaux s'est communiqué à l'immeuble, sans qu'il l'ait expressément recherché. Emmanuel a une histoire personnelle très particulière : enfant souffrant déjà d'un certain retard intellectuel, il a découvert, à l'âge de 12 ans, en visionnant des cassettes pornographiques présentes au domicile familial, que sa mère exerçait la profession d'actrice de films X. Si la pyromanie est un trouble mental, elle ne constitue pas un cas d'irresponsabilité pénale. Condamné une première fois à 15 ans de réclusion criminelle, Emmanuel comparaît en appel devant la Cour d'Assises de l'Aude.


La place de la Loge centre historique de à Perpignan

La même place, de nuit, sous le regard de la « Vénus » de Maillol

Derrière la statue, la ruelle où l'accusé pyromane a été arrêté

Le foyer pour enfants difficiles où Emmanuel dit avoir été violé

Emmanuel, à l'audience, derrière une vitre, le regard rivé sur sa mère

La mère d'Emmanuel tente de s'entretenir avec son fils


« Verdict » n° 39 : L'affaire Maufront

Année 2011
Auteur : Jean-Charles Marchand
Réalisation : Damien Vercaemer


L'audience est dirigée par le Président Joël Mocaer

Maître Jean-Marie Bourland, avocat de la défense


Fin octobre 2008, un médecin généraliste exerçant près de Carcassonne est violemment agressé dans son cabinet. Il a reçu plusieurs coups de couteau de cuisine à la face, puis derrière la tête, la lame – détachée de son manche – étant restée enfoncée latéralement dans sa nuque, à proximité immédiate de la colonne vertébrale. Transporté dans un service d'urgence, la lame est extraite et le médecin sauvé. L'agresseur est interpellé le soir même : Xavier Maufront, un jeune homme sans histoire, explique avoir voulu venger la mort de sa grand-mère, décédée à l'hôpital dix mois plus tôt, à l'âge de soixante-treize ans. En l'absence de toute indication sérieuse, la famille Maufront s'est en effet persuadée que le médecin n'avait pas soigné la grand-mère comme il aurait dû le faire. Le jeune homme semble s'être auto-désigné comme le bras vengeur de ce qu'il affirme avoir ressenti comme une injustice. Pour autant, il prétend ne pas avoir été animé d'une intention homicide envers le médecin, mais d'une volonté de lui "faire mal". Il comparaît détenu devant la Cour d'Assises de l'Aude.


Le docteur Chamati, victime et partie civile,
entourée de son épouse et de leur fils

Au premier plan, le grand-père de l'accusé,
veuf de celle dont la mort naturelle déclenchera la colère familiale


« Verdict » n° 40 : L'affaire Jacquemin

Année2011
Auteur : Jean-Charles Marchand
Réalisation : Olivier Galy-Nadal


L'accusé et ses avocats

Les « armes » du crime


Fin décembre 2007, un viticulteur bordelais de 45 ans agresse violemment le directeur d'une société de vente de matériel agricole dans le bureau de son entreprise installée dans le Gers. A l'aide de deux armes - un pistolet à plomb et un petit couteau – Pascal Jacquemin s'acharne durant plusieurs minutes sur sa victime, lui occasionnant de nombreuses blessures, non létales. Pour tenter d'expliquer son geste, le viticulteur – un homme à la vie sans faille et sans accroc – dit être venu exiger auprès du directeur de la société le remboursement d'un appareil viticole acheté deux ans et demi plus tôt et qui n'a jamais fonctionné. Décrit comme plutôt psychorigide et obsessionnel, hanté par les reproches incessants qu'il doit subir d'un père autoritaire, Pascal Jacquemin est poursuivi pour tentative d'homicide volontaire. Son avocat réfute toute intention de tuer de sa part. Après seize mois de détention, le viticulteur comparaît libre sous contrôle judiciaire devant la Cour d'Assises du Gers.


Les lieux de l'agression

Pascal Jacquemin, l'accusé

Le domaine viticole familial


« Verdict » n° 41 : L'affaire Rist

Année 2011
Auteur : Jean-Charles Marchand
Réalisation : Cyril Denvers


C'est le troisième procès pour Emmanuel Rist,
déjà condamné à deux reprises pour des actes racistes

Parmi les maigres possession de la victime,
les photos des membres de sa famille vivant au Maroc


Déjà condamné à trente mois de prison pour la profanation du cimetière juif de Herrlisheim et à dix années de réclusion criminelle pour l'explosion du cabanon d'un ouvrier maghrébin à Rouffach, Emmanuel Rist, 41 ans, comparaît une nouvelle fois devant la cour d'assises du Haut-Rhin. Il est accusé d'avoir, le 22 mai 2001, abattu d'une balle dans la tête Mohammed Madsini, un vendeur ambulant de tapis à Gundolsheim. Rist reprochait à sa victime de se trouver "en zone germanique". La personnalité de Rist, ancien agent de sécurité, dessinateur de presse et adepte déclaré de l'idéologie néo-nazie, est complexe. La plupart de ses actes ont été revendiqués au nom d'une « cellule autonomiste alsacienne » nommée "Tiwaz 2882", un nom renvoyant à une rune nordique et au numéro d'une plaque militaire d'un soldat de la Wehrmacht retrouvée sur Rist. Paradoxalement, Emmanuel Rist a décerné à son fils le prénom de "Mao" après un voyage au Tibet. Un expert psychiatre dit de lui qu'il est « remarquablement intelligent et redoutablement inculte ». Si la préméditation du crime est reconnue à l'audience, il encourt cette fois la réclusion criminelle à perpétuité.

Emmanuel Rist possède un talent indéniable : celui du dessin et de la caricature. Il a d'ailleurs exercé ponctuellement comme dessinateur de presse et il a même, un temps, collaboré avec la section régionale d'Amnesty International.

Paradoxalement, ce n'est pas Rist qui a mis fin à cette participation, mais les responsables d'Amnesty lorsqu'ils ont appris ses options idéologiques.

Quelques temps avant l'ouverture de l'audience de jugement, le président de la Cour d'assises, comme le lui permettent ses prérogatives, a commis un expert psychologue, César Redondo, afin de déterminer si le temps d'incarcération de Rist avait eu une influence sur sa personnalité et son appréhension de la réalité (PDF).

Le choix de Cesar Redondo ne doit rien au hasard : il avait déjà été commis pour une expertise de Rist ; il était donc le mieux à même de déterminer si une évolution s'était produite ou non.


« Verdict » n° 42 : L'affaire Seridi

Année 2011
Auteur : Jean-Charles Marchand
Réalisation : Olivier Galy-Nadal


L'accusé avec son avocat, maître Jean Moulineau

Les parents de Jennifer face au box de l'accusé


Au matin du dimanche 29 avril 2007, le corps à demi calciné de Jennifer Charron est découvert, reposant sur une dalle de béton, dans une clairière du bois de la Chèvre, près de Royan. La jeune fille, âgée de 21 ans et serveuse de restaurant, a été attachée les mains dans le dos avec les manches de son chemisier, rouée de coups puis achevée à la tête par une grosse pierre. Au fur et à mesure de l'instruction, deux suspects apparaissent : l'ex petit ami de la victime, Abdelaziz Seridi surnommé "Samir", et un habitant de la région, José Mendes Abrantes, déjà condamné par la Cour d'Assises de Paris au début des années 90 pour avoir violé une jeune femme et tenté de la carboniser. Les deux suspects - qui nient toute implication dans les faits - sont mis en examen et incarcérés. Mais l'instruction établit que les deux hommes ne se connaissaient pas et qu'il est donc peu vraisemblable qu'ils aient pu agir ensemble. Au terme de l'instruction, le juge décerne un non-lieu en faveur de "Samir", petit dealer charmeur et sans envergure dont le seul tort est de n'avoir pas d'alibi, et renvoie devant les Assises Mendes Abrantes que tout accable. Saisie, la Chambre de l'Instruction contredit le juge et renvoie les deux hommes aux Assises. Deux mois plus tard, Mendes Abrantes meurt d'une crise cardiaque en détention. Samir se retrouve donc seul accusé du meurtre de Jennifer devant la Cour d'Assises de Saintes en décembre 2011.


« Verdict » n° 43 : L'affaire Lafosse

Année 2012
Auteur : Jean-Charles Marchand
Réalisation : Olivier Galy-Nadal


L'accusée avec son conseil, maître Raynaud de Lage

Le Palais de Justice de Cahors et sa statue d'Oedipe


Le 9 avril 2010, Marianne Lafosse, 49 ans, empoisonne son mari, son fils cadet, Denis 8 ans, et sa fille, Mélodie, 10 ans, avant de poignarder en plein cœur les deux premiers. Tandis que Marianne s'ouvre les veines, Mélodie, bien que blessée, réussit à s'enfuir et à prévenir les secours. Dans une lettre laissée sur la table de la cuisine, Marianne fait endosser la responsabilité du "carnage" à son fils aîné, Rémi, alors au collège, accusé de "pourrir le vie familiale". L'adolescent souffre effectivement depuis longtemps de troubles du comportement, aggravés par la violence de son père qui ne veut pas le reconnaître comme son fils. Recluse en quasi autarcie dans une maison sans confort, au bord de la déchéance financière, la situation familiale apparaissait sans issue pour Marianne, une femme dépressive au narcissisme défaillant et honteuse d'elle-même depuis son plus jeune âge. Sauvée par les médecins, elle est jugée début 2011 par la Cour d'Assises de Cahors pour deux assassinats et une tentative. Les psychiatres sont perplexes : s'est-elle engagée dans un "homicide altruiste", tuant ses proches pour leur épargner une "catastrophe" qu'elle sentait imminente ou a-t-elle voulu punir son fils aîné ?


La maison familiale

Le village de Terrasson

Le château de Vitrac

Le foyer d'où Rémi a dénoncé son père

L'hôpital psychiatrique de Leyme

Les pièces à conviction du procès

Lettre d'avertissement du collège

Lettre de l'accusée à son fils écrite durant la commission
des faits et laissée bien en vue sur la table de la cuisine.
Curieusement, Marianne Lafosse note très scrupuleusement
l'heure de rédaction du courrier ; On retrouve ce même
souci d'exactitude horaire dans les lettres envoyées à l'accusée
en détention par sa propre mère.


L'expertise psychiatrique de l'accusée

Toute la complexité du dossier Lafosse ne tient que peu aux faits matériels qui sont reconnus pas l'accusée, mais aux conditions psychosociologiques qui ont déclenché brutalement ce passage à l'acte multiple et aux motivations complexes qui l'ont fait agir.

Pour tenter de mieux cerner la personnalité de madame Lafosse, voici l'entretien qu'a accordé à "Verdict" l'un des deux co-experts psychiatres, le docteur Fabien Aubat.


« Verdict » n° 44 : L'affaire Borgna

Année 2012
Auteur : Jean-Charles Marchand
Réalisation : Jérôme Mignard


L'accusé est défendu par maître Isabelle Colombani

L'ensemble des armes de chasse saisis au domicile de l'accusé


Le 2 août 2010, dans un lotissement tranquille du Cannet des Maures, un retraité de 75 ans, Gilbert Borgna, blesse grièvement à l'abdomen d'une décharge de plombs de chasse son fils Laurent, 40 ans, avant de l'achever d'une balle à sanglier en pleine tête. Depuis le retour de Laurent au domicile de ses parents deux ans auparavant, père et fils ne cessaient de se quereller. Le vieil homme, aux conceptions rigides, ne supportait plus les relations sentimentales chaotiques, l'oisiveté, l'agressivité et l'alcoolisme de ce fils que sa mère s'entêtait à protéger. La scène du meurtre avait été précédée d'une dispute au cours du repas familial dominical née d'une controverse entre père et fils sur l'éducation de la fillette de Laurent dont il ne s'occupait guère et dont le grand-père se voulait très proche. Passionné de chasse au gros gibier, Gilbert a tué son fils à l'aide du fusil avec lequel, le matin même, il avait abattu un sanglier de 95 kilos. Au moment de son décès, Laurent présentait une alcoolémie de près de deux grammes par litre de sang. A 77 ans, Gilbert Borgna comparaît en 2012 devant la Cour d'Assises du Var.



Michèle et Gilbert Borgna, les parents de Laurent, mariés depuis 40 ans

Laurent Borgna, la victime


« Verdict » n° 45 : L'affaire Collober

Année 2012
Auteur : Jean-Charles Marchand
Réalisation : Damien Vercaemer


L'accusée dans le box avec son avocat, Me Sauvayre

Le fils de la victime (de dos) représenté par maître Perinetti


En août 2010, les policiers découvrent au fond d'un congélateur le cadavre d'un homme de 69 ans, Jean-François Poinard, un ancien restaurateur qui connut ses heures de gloire en bord de Saône. Le congélateur, placé au milieu du salon d'un appartement cossu du 6ème arrondissement de Lyon, a été acheté vingt-deux mois auparavant par la compagne de la victime, Guylaine Collober, âgée de vingt ans de moins que lui. Depuis plusieurs années, le couple vivait à huis-clos, Guylaine ayant progressivement isolé son compagnon de ses amis et de sa famille. Elle reconnaît que le couple se disputait souvent et qu'elle-même portait volontiers des coups. En novembre 2008, l'un de ses coups portés au thorax du vieil homme, souffrant sans le savoir d'un rétrécissement de la valve aortique, avait déclenché une décompensation cardiaque et son décès rapide. Sa compagne avait pris la décision de placer son corps dans un congélateur. L'instruction judiciaire met en évidence les rapports conflictuels et violents que l'accusée a toujours entretenus avec les hommes qui ont partagé sa vie. Elle comparaît en avril 2012 devant la Cour d'Assises de Lyon pour "coups mortels" et encourt vingt ans de réclusion criminelle.


Le restaurant de Rochetaillée au bord de la Saône

Le dernier restaurant de la victime à Lyon, derrière le Palais de Justice

L'immeuble « Le Florizon »
où la victime a vécu plusieurs années avec l'accusée

L'avocat de la défense, maître Yves Sauvayre


Entretien entre maître Perinetti et l'ex-épouse de la victime

L'avocat Général à l'audience, Christian Roussel

L'expertise psychiatrique de l'accusée

Voici l'entretien accordé à "Verdict" par l'expert psychiatrique (et psychanalyste), le docteur Pierre Charazac.


« Verdict » n° 46 : L'affaire Sextus

Année 2012
Auteur : Jean-Charles Marchand
Réalisation : Olivier Galy-Nadal


L'accusée à l'ouverture de l'audience, derrière son avocat

Michel Bonnet


Le 27 février 2009, une jeune femme de 37 ans, Christel Sextus, abat de trois balles de revolver son concubin, Michel Bonnet, 52 ans, dans la maison du couple à Pomerols, dans l'Hérault. La victime est un personnage local, à la fois truculent et cultivé, musicien à ses heures ; de l'avis unanime, c'est un homme doux et paisible. L'accusée explique au juge avoir mené une existence misérable en raison des violences exercées par son père durant son enfance, de la prostitution pratiquée pendant des années, de sa consommation de drogues, des viols dont elle a été victime et de ses multiples tentatives de suicide. Puis, elle rencontre Michel Bonnet en 2005 et mène avec lui une existence assez stable bien que non exempte de disputes et de jeux pervers. Quelques jours avant le drame, le couple se dispute au casino où Michel a emmené sa compagne pour son anniversaire. Selon Christel, un automobiliste l'ayant prise en stop a tenté de la violer et l'a abandonnée dans un fossé où Michel est venu la rechercher. Celui-ci ne l'ayant guère réconfortée, elle rumine sa rancune et s'isole 4 jours dans le noir, sans prononcer une seule parole. Le jour des faits, l'attitude toujours distante de son compagnon a déclenché "colère et hystérie", la conduisant à tirer. L'expertise psychologique évoque une « personnalité immature, en quête d'affection et dépendante d'autrui », le geste meurtrier pouvant s'expliquer par la déception de sa relation avec Michel Bonnet, qui a « renforcé son sentiment d'humiliation et d'abandon ». L'expert psychiatre estime que lors des faits, le discernement de l'accusée était fortement altéré. La jeune femme comparaît devant la Cour d'Assises de Montpellier.


Maître Luc Abratkiewicz, avocat de Christel Sextus

Régis Cayrol, Président de la Cour d'Assises de l'Hérault

Maître David Brun, partie civile aux intérêts de la fille de la victime

Les proches de Michel Bonnet

La mère et l'une des demi-sœurs de l'accusée

La vaste maison de Michel Bonnet

Dans le jardin de sa demeure,
Michel Bonnet organisait des soirées "mémorables" pour ses amis

La musique était la dernière des passions en date de Michel Bonnet.
Il préparait la sortie de son premier CD

Projet de maquette de CD

Vidéo du concert de Pomérols le 8 août 2008

 


Michel Bonnet avait donné avec ses amis musiciens un concert sur la place de son village de Pomérols le 8 août 2008,
soit quelques mois avant son décès. Christel Sextus (photo de droite, au milieu de sa famille) y assistait. [Photos DR]

L'expertise psychologique de l'accusée

Voici l'entretien accordé à "Verdict" par l'experte psychologue Danielle Cany.


  1. P-A Pageaud in la notion d'intention en droit pénal, J.C.P., éd. G., 1950-I-876.
  2. Roland Barthes in Essais critiques, Structure du fait divers, Paris, Seuil, 1981 (édition originale 1964)
  3. Jean-Michel Bessette in Sociologie du crime, Presse universitaire de France, Février 1982
  4. Jean-Bertrand Pontalis in Un jour, le crime, Editons Gallimard, mars 2011
  5. Claude Balier in Psychanalyse des comportements violents, « Le fil rouge », Editions PUF, 1988
  6. M Dubec et A Andronikof in Expertise psychologique et médico-psychologique, 2003
  7. André Green in Les enjeux de la psychanalyse à l'aube du XXIe siècle, Société Psychanalytique de Paris
  8. La présentation des films est ici classée par ordre chronologique de tournage. L'ordre de diffusion est différent.