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La Mère et la mer

En 2013, Fabienne Kabou a volontairement laissé sa fille de 15 mois se noyer sur la plage de Berck-sur-Mer. Le 24 juin 2016, la cour d’assises du Pas-de-Calais a reconnu la grave altération de son discernement mais l’a condamnée à 20 années de réclusion criminelle. La jeune femme a fait appel de sa condamnation.

En cette soirée du 19 novembre 2013, Fabienne Kabou marche sur la plage déserte de Berck, sa fillette de 15 mois, Ada, dans les bras. « À trois reprises, j’ai vu des rayons de lumière, comme des projecteurs, qui semblaient me montrer la direction de la mer. Puis j’ai compris que ce n’était que la lumière de la lune entre les nuages. Si ce soir-là, la lune avait été noire, alors, peut-être… » Fabienne dépose sa fille sur le sable, engoncée dans une épaisse doudoune, l’embrasse et lui demande pardon. Elle patiente encore un peu, attendant (espérant ?) un gémissement, un cri de la petite fille qui aurait pu changer le cours du destin. Rien. Le silence. Lorsque les premières vaguelettes de la marée montante viennent lécher ses chaussures, Fabienne se détourne brusquement et remonte la plage, sans un regard derrière elle. « Elle avait déjà depuis longtemps quitté notre réalité pour le monde des signes », commentera le psychiatre Daniel Zagury.

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Juger les fous, à tout prix

Il y avait eu la "bataille de chiffonniers" entre trois collèges d’experts psychiatres lors des deux procès de Stéphane Moitoiret poursuivi pour le meurtre abominable et immotivé d’un enfant de 11 ans en juillet 2008 à Lagnieu. En première instance comme en appel, Moitoiret, pourtant cliniquement schizophrène délirant princeps, avait été reconnu responsable de ses actes et condamné à 30 ans de réclusion devant la cour d’assises d’appel de Lyon (voir Valentin et les délirants, J-C Marchand, Ed. Anne Carrière, 2014). Les docteur Daniel Zagury et Jean-Louis Senon avaient alors publié dans la revue L’Information psychiatrique (2014 ; 90 : 627–9) un éditorial virulent et alarmiste, intitulé : "L’expertise psychiatrique pénale en France, un système à la dérive". 

Ce texte n’aura servi à rien. Une affaire criminelle, étrangement similaire par son déroulement procédural et sa conclusion provisoire, jugée (en première instance) par la cour d’assises du Gard a abouti à la même conclusion : la responsabilisation et la condamnation à 20 ans (verdict du 23 mars 2016) d’un accusé décrit comme "schizophrène paranoïde" par deux rapports de collèges d’experts sur trois, le dernier ayant en outre soulevé les soupçons de la défense quant au sérieux avec lequel l’expertise avait été menée.

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Scène et arrière-scène

Métaphore théâtrale

Très souvent, face à un crime dans lequel il affirme ne pas se reconnaître, un accusé semble démuni, parfois même sidéré. Bien sûr, enquêteurs et magistrats ont défini à son acte un mode opératoire et un mobile qui vont le suivre jusqu’en cour d’assises. Et pourtant notre accusé hésite encore. Est-ce bien moi, celui que je croyais connaître, celui que je m’imaginais être, qui a été l’auteur de cet acte, de cette scène, que l’on me raconte et dont on me fournit un motif raisonnable ?

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Pour une extension du domaine de l’expertise pénale

L’approche d’un passage à l’acte criminel ne peut se suffire du seul champ psy ;
elle doit s’ouvrir au champ social sous peine d’être imprécise.

Quelles qu’en soient les difficultés, les querelles de diagnostic, les rivalités de chapelle, l’expertise légale psychiatrique et psychologique a beaucoup enrichi la réflexion de la justice pénale et, cela, depuis les aliénistes du XIXème siècle. Certes son cheminement historique n’a pas été linéaire, mais plutôt chaotique. Elle s’est souvent heurtée à la magistrature, inquiète de perdre une partie de son pouvoir de décision ; elle s’est encore plus souvent retrouvée confrontée à une opinion publique avide de sécurité et de répression, pour qui une expertise psychiatrique a toujours été synonyme de recherche de circonstances atténuantes en faveur de l’accusé.

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"Intime conviction" : une téléréalité judiciaire ?

Faire rejuger l’accusé d’un crime sur un plateau de télévision par un panel/jury de téléspectateurs ? Faire d’une audience pénale une "téléréalité judiciaire" ? Certaines chaînes commerciales en avaient rêvé mais elles y avaient sagement renoncé. Les risques juridiques étaient trop importants, même mis en regard de l’audimat potentiel de ce qui aurait constitué l’"apothéose" de la Justice/Spectacle.

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Du "fait divers" comme non/sens

Qu’est-ce qu’un "fait divers" criminel vu par la grande majorité des médias ? Essentiellement une absence de sens, un drame de l’instant et un dérivatif spectacularisé à l’angoisse sociale généralisée.
La société produit des crimes parmi lesquels les médias opèrent une sélection pour ne retenir que ceux dont le système espère qu’ils capteront l’attention du lecteur-auditeur-téléspectateur par l’hyper-émotion qu’ils sont censés procurer. Une fois sélectionné, le fait divers va "tourner" rapidement en boucle dans les matinales des radios, les quotidiens nationaux, les journaux télévisés, puis les news magazines pour s’éteindre avec le prononcé de la mise en examen de l’auteur qui signera généralement l’épilogue journalistique de l’affaire.

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L’inceste, tabou social et non-dit judiciaire (suite et fin)

Moins de deux ans plus tard, la fille rompt avec son père et va se réfugier temporairement avec son enfant chez le garagiste qui l'emploie près de Gisors.

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L’inceste, tabou social et non-dit judiciaire

Il aura fallu un procès médiatisé devant la Cour d’Assises de la Somme pour que les non juristes apprennent que la notion d’inceste avait disparu depuis bien longtemps de l’arsenal judiciaire français, alors que son interdiction, comme celle du parricide, constitue pourtant le fondement symbolique et anthropologique irrécusable de toute société.

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L'illusion et les périls de la criminologie comme "science autonome"

Sous l'impulsion d'Alain Bauer, personnage multi-facettes et multicartes, la criminologie a tenté ces derniers mois un passage en force pour tenter de s'imposer comme une discipline scientifique autonome, déclenchant l'ire du monde universitaire.

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Le crime en face

Interview à Télérama (n° 3201, publié le 21-05-11)
Trois questions à Jean-Charles Marchand, auteur de la série documentaire "Verdict"

 

Lancée sur France 5 en 2005, la remarquable série "Verdict" décortique des affaires judiciaires en évitant tout sensationnalisme. Lors de chaque épisode qui retrace le déroulement d'un procès, Jean-Charles Marchand s'attache à recueillir les témoignages des protagonistes et des représentants de la justice, pour dresser finalement le portrait d'une justice à visage humain. Ces films sont présentés chaque lundi sur 13ème Rue, dans la case Histoires criminelles.

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